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Maestro Nagano lance un vibrant appel

Au Québec, on connaît bien Kent Nagano, le chef d’orchestre. Nous connaîtrons maintenant Kent Nagano, l’auteur, puisque son premier essai, d’abord publié en Allemagne, a été traduit traduit en français.

Kent Nagano a consacré sa vie pour la musique et les arts, souhaitant que tous aient la chance de pouvoir vivre une expérience dès son plus jeune âge pour parfaire sa culture.

L’ouvrage qui a paru l’automne dernier chez Boréal s’intitule « Sonnez, merveilles! » Le maestro y livre un plaidoyer pour la musique classique et une plus grande place pour les arts dans la société.

Quand il était petit, Kent Nagano, qui est né en Californie, vivait dans un modeste village de pêcheur du nom de Morro Bay. Un jour, un professeur d’origine géorgienne qui avait fait l’Union soviétique, débarqua au village au volant d’une Volkswagen. Musicien et pédagogue, il allait transformer Morro Bay en oasis musical en formant un orchestre scolaire et en enseignant la musique à tous ceux qui voulaient bien se laisser contaminer par son enthousiasme. C’est avec ce récit que commence « Sonnez Merveilles! », que le chef d’orchestre a écrit, en collaboration avec la journaliste allemande Inge Kloepfer.

Il lance un véritable cri du cœur en faveur de la survie de la musique classique et des arts dans un essai brillant, intéressant, accessible et superbement documenté. Dans cet ouvrage remarquable, Kent Nagano, petit-fils de modestes immigrants japonais, raconte son enfance à Morro Bay, en Californie, son apprentissage de la musique, son travail à la direction des plus prestigieux orchestres, dont l’OSM. Au fil des pages, il explique l’influence de grands compositeurs comme Bach et Beethoven sur la musique et la société, mais aussi l’impact de la musique sur le développement humain.

Tantôt autobiographique, tantôt philosophique, l’essai aborde les grands enjeux de la place de la musique classique et de arts à une époque où tout se réduit de plus en plus aux impératifs économiques. Des questions qui préoccupent énormément Kent Nagano. Il s’inquiète non seulement pour les États-Unis, où plusieurs orchestres ont fermé leurs portes au cours de dernières années, mais aussi pour ce qui se passe ailleurs. Même en Allemagne, d’où provient une grande partie du répertoire et où la musique classique fait partie de l’identité culturelle, des institutions son menacées.

La musique classique a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? Kent Nagano croit qu’il est important que nous tentions de répondre avec franchise à cette question. En cette époque où les institutions culturelles traditionnelles sont menacées, où les orchestres symphoniques et les maisons d’opéra sont appelés à « gérer la décroissance », maestro Nagano lance un vibrant appel pour que nous prenions conscience de l’immense trésor que constitue la musique classique et de la manière très concrète dont elle peut nous aider à régler quelques-uns des problèmes les plus urgents de notre société.

« J’ai été assez provoqué par un changement graduel d’attitude et de discours de la part de politicien, aux États-Unis dit Jen Nagano. J’ai entendu pas mal de candidats à des élections soulever la question de la pertinence de la musique classique au XXIe siècle, et dire qu’il fallait peut-être admettre que c’était réservé à une petite partie de la société, une élite éduquée qui a les moyens d’accéder à la culture. Ce discours me dérange énormément et j’ai commencé à donner des conférences sur le sujet, surtout en Allemagne. C’est alors qu’on m’a suggéré d’écrire un livre »

Pour lui, la menace envers les arts et la culture provient, notamment, du fait qu’au-delà des beaux discours, nos sociétés placent de plus en plus l’économie au-dessus du social et l’utile au-dessus de l’Accomplissement humain et personnel.

« Un exemple est très révélateur : celui des tests de classement de l’étude PISA qui est menée aux trois ans par L’OCDE. On y mesure la qualité de l’enseignement des différents systèmes d’éducation à l’aide de tests qui évaluent les aptitudes des élèves en mathématiques, en sciences et en écriture. Les pays sont ensuite classés selon les résultats. Or, les aptitudes pour les arts et la musique ne font pas partie des tests. Même la connaissance de langues étrangères compte à peine. C’est une façon très étroite de concevoir l’éducation. Mais qui décide de cela? Qui décide que les arts seront réservés à une élite? Quel impact cette conception du monde aura-t-elle sur les politiques d’éducations? »

Selon Kent Nagano, chaque enfant, quel que soit son milieu social, doit avoir accès aux arts et à la musique.

« Grâce à l’apprentissage de la musique à un jeune âge, comme j’ai eu la chance de le faire quand j’étais enfant à Morro Bay, on apprend une foule d’autres choses qui servent toute la vie : utiliser les mathématiques, fonctionner en groupe, faire preuve de leadership, écouter les autres, et ainsi de suite. Quand on parle à de grands leaders dans leur domaine, par exemple l’astronaute Julie Payette, on découvre souvent que la musique a eu un grand impact sur leur vie et leur cheminement. »

Dans son livre, Kent Nagano parle aussi des grands compositeurs qui l’ont marqué : Bach, Beethoven, Schoenberg et Messiaen, entre autre.

« Ce sont des compositeurs qui ont eu un impact énorme sur l’évolution de la musique. Ma liste de départ était bien plus longue, mais l’éditeur m’a obligé à en enlever! J’ai pleuré quand ils ont coupé mon chapitre sur Mozart! »

A lire son livre, il semble que la vie de Kent Nagano ait été une quête infatigable pour comprendre la musique et la défendre.

« Ce que je voudrais que l’on retienne, c’est que la musique, en particulier classique, a été étroitement liée à l’évolution de notre civilisation, Il y aura des conséquences si on sous-estime sa pertinence pour le XXIe siècle. »

Carole L’Archer
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Auteur: Carole L'Archer

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