• Carole L'Archer
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L’art et «made in China»

Où en sommes nous avec l’art depuis depuis qu’il se fait autant de reproduction en Chine actuellement?

Pourquoi les peintures « Made in China » envahissent Montmartre

Le phénomène est apparu il y a quelques années mais il prend de l’ampleur. Les tableaux fabriqués en série en Chine sont désormais omniprésents dans les boutiques de souvenir et les galeries de peinture de la Butte Montmartre. Les touristes n’y voient souvent que du feu. Les peintres officiels de la place du Tertre sont dépités

Si vous allez flâner du coté de Montmartre et souhaitez ramener un souvenir de ce quartier mythique, il vous sera difficile de trouver un tableau peint par un artiste local dans les boutiques touristiques. La plupart vendent des peintures à l’huile conçues à Dafen, un village situé au sud de la Chine.

Des toiles produites à la chaine comme des tee-shirts chinois

Le Sacré Cœur peint dans des ateliers chinois, à des milliers de kilomètres du modèle original. Nous sommes à Dafen, un village transformé depuis la fin des années 90 en une vaste machine à fabriquer des peintures. Ici, des milliers d’artistes locaux peignent à la chaine près de 60% de la reproduction mondiale de tableaux. Des toiles vendues, par lots, pour moins de 15 euros l’unité sur le site alibaba.com, une sorte d’EBay ou d’Amazon chinois. Les touristes les achèteront eux, un peu plus cher dans les boutiques touristiques de Montmartre. Mais ces toiles seront toujours « meilleur marché » qu’un tableau peint par un peintre de la butte Montmartre.

Un patrimoine culturel en danger

Face à cette concurrence chinoise, les quelques trois cent artistes officiels de la Place du Tertre sont scandalisés. « On a un patrimoine culturel qui est en train de mourir à cause de cette forme de contrefaçon » « C’est quand même déloyal par rapport à ceux qui travaillons sur place ». Les peintres réclament depuis longtemps que ces tableaux produits en série soient estampillés « made in china » pour informer les touristes sur l’origine de la marchandise. Une demande, qui à ce jour, n’a pas abouti.

La place des Vosges n’y échappe pas

Selon nos confrères de l’UFC Que Choisir, la célèbre place des Vosges, haut lieu de l’art contemporain, est également concernée par l’art produit au niveau industriel. Des galeries vendraient des tableaux et des sculptures tirés à plusieurs centaines d’exemplaires. L’association des consommateurs invite les acheteurs à se montrer très prudents même dans les galeries haut de gamme.

Les usines d’art de Dafen

La Chine est vaste. Extraordinairement vaste. D’une grandeur si inconcevable que chaque ville chinoise peut fournir des produits particuliers pour le monde entier. Les habitants de Yiwu, le «  village de Noël  » chinois, produisent 60% des bonnets de Noël, des guirlandes et des feuilles de houx de la planète. La ville de Dafen produit quant à elle 60% des peintures à l’huile dans le monde. La Chine a de telles économies d’échelle que même les économistes qui ont inventé l’expression ne pourraient l’imaginer.

Le petit village de Dafen a commencé à devenir un lieu clé du monde de l’art en 1989. Un homme d’affaires du nom de Huang Jiang a reçu un nombre important de commandes après avoir exposé le travail d’artistes locaux lors d’une foire d’art contemporain à Hong Kong. Il a alors recruté des assistants et a ouvert un studio à Dafen pour se lancer dans la copie de tableaux.

Jiang avait choisi l’endroit idéal. Les terrains et la main-d’œuvre étaient bon marché, bien que le village se trouvât dans l’agglomération de Shenzhen, la zone économique spéciale la plus développée de Chine et toute proche de Hong Kong – la porte d’entrée de la Chine pour les hommes d’affaires étrangers. Le succès du studio de Jiang a attiré des étudiants en art et des peintres débutants à Dafen, employés par d’autres patrons qui ont ouvert d’autres studios. En 2002, on comptait 150 galeries à Dafen. Aujourd’hui, les 8000 peintres de Dafen alimentent une industrie globale d’une valeur de plus de 100 millions de dollars.

A en croire les récits de certains responsables chinois et la presse occidentale, Huang Jiang est devenu le Henry Ford du monde de l’art en Chine. Il a transformé son studio en usine à trois étages:

  • un rez-de-chaussée pour l’emballage et l’expédition des œuvres d’arts;
  • un deuxième étage dédié aux ateliers de peintures ,
  • et un troisième étage de dortoirs pour les peintres.

D’autres studios ont suivi. L’historienne d’art Winnie Won Yin Wong écrit qu’entre 1989 et 2009, les studios de Dafen sont passés du statut d’«ateliers ruraux» au «rassemblement de vastes groupes de peintres dans un unique espace pour augmenter le volume de production».

Carole L’Archer
www.bloguart.com

 

Auteur: Carole L'Archer

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2 commentaires

  1. Il faut le partager, justement pour que le consommateur soit avisé. Si ça peut faire une différence pour que les gens reconnaissent l’art, le vrai.

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  2. Article fort instructif et situation préoccupante. Le consommateur avisé peut faire toute la différence!

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